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 ITV WITH CODA - 2002 

HUSHUSH
Vive le Québec libre !

Bruits. Voix. Effets. Moonsanto, projet hybride entre Silk Saw et Xingu Hill, s'écoute comme la B.O. imaginaire d'un film de David Lynch sur le thème des O.G.M. et autres inconvénients chimiques pour le règne végétal ("Pesticide For Ever").

Combinant bidouillages électroniques et sonorités électro-acoustiques, cette nouvelle production s'inscrit parfaitement dans la ligne éditoriale du label Hushush. Une lignée héritée de l'indus experimental : la première référence de cette plateforme québécoise fondée par Dimitri della Faille en 98 regroupait des compos signées Aube, Lilith, P*A*L et Propeller, librement inspirées par Hafler Trio. Depuis cet acte fondateur, Hushush a notamment dispensé les étranges ambiances conçues par Ambre (la série "Threesome"), les "palimpsestes" sonores de Szkieve (le propre projet de Dimitri) les expériences numériques de KK Null ("Peak Of Nothingness") et les weird breakbeats somnambuliques de Mick Harris (Scorn) qui vient d'ailleurs de concocter une excellente anthologie d'obédience dark-hop. Enfin, un rapprochement avec Hugo Girard aka Vromb, le franc-tireur de la tekno dark est annoncé pour bientôt ('Mémoires Paramolléculaires").

Quel est le parcours qui a conduit à Hushush ?

Je suis doctorant et chercheur en sociologie. Entre 1995 et 1999, je me suis beaucoup impliqué sur internet, dans la construction de sites pour mes amis: Dead Voices On Air, Not Breathing mais aussi Front 242. Jusqu’à mon déménagement au Québec en 1996, je faisais aussi de la radio communautaire dans ma Belgique natale. Hushush est un concours de circonstance : le label est né en juillet 1998, d’une idée au cours de conversations que j’avais avec Scott Gibbons (Lilith) autour de l’importance du Halfer Trio. Hed Nod est une sous-division de Hushush que j’ai créé en 1999 afin de pouvoir sortir les projets hip hop minimaux de Mick Harris. Des vinyles avant tout. Mick en est le responsable artistique, rien ne sort sur Hed Nod sans son approbation.

Sur quelle(s) ligne(s) de front musical se situe ton label ?

Hushush est avant tout un hobby. Il existe déjà tant de labels sortant de l’électronica, que je préfère me limiter à des choses un peu délaissées. J’aimerais aussi développer un style que j’affectionne particulièrement, la musique concrète et électro-acoustique. Cependant, je ne partage pas l’engouement pour les expérimentations stériles du pendant académique, comme c’est souvent le cas à Montréal. J’aime beaucoup la puissance des sons électroniques et synthétiques ainsi que la dynamique structurelle de l’improvisation à l’européenne.

Les références du label présentent trois figures de proues : Mick Harris, les ex-Reload Ambient (Ambre, etc) et des représentants de la scène Belge (Silk Saw). Est-ce que c'est délibéré ou juste le hasard ?

Un hasard, pas tout à fait : étant Belge moi-même, je cultive un lien particulier avec les gens de la scène bruxelloise. J’ai grandi dans l’entourage de Seal Phüric (Seekness). John Sellekaers, Olivier Moreau et moi avions plusieurs amis en commun avant de nous rencontrer. Quant à Mick Harris, je l’ai rencontré à plusieurs reprises. Je suis sans doute la seule personne qui ait sorti certains de ces projets et qui soit encore en bons termes avec lui après autant de temps... Dans le futur, je vais tenter de diversifier encore mon catalogue tout en privilégiant des liens d’amitié. Je vais sortir un disque de Scott Gibbons (Lilith), un ami de très longue date ainsi qu’une collaboration entre Orphx (un groupe canadien pour lequel j’ai organisé une petite tournée en Amérique du nord en compagnie de Vromb et de Silk Saw) et Mark Spybey. Pour revenir à la connexion belge, je suis rentré en contact avec Lilith grâce au label Sub Rosa qui, comme chacun sait, a sorti aussi plusieurs projets de Mick Harris et les premiers disques de Silk Saw qui constitue la moitié de Moonsanto paru Hushush !

De fait, est-ce que l'on peut considérer Hushush comme une des passerelles musicales entre l'Europe et le continent Nord Américain ?

Il est évident que le fait que je sois Belge joue pour beaucoup dans le choix des sorties. Mais mes deux prochaines sorties en avril sont 100% nord américains; si l’on ne tient pas compte du fait que Mark Spybey a récemment reposé ses valises à Londres. Il faut en plus considérer la place particulière de la société québécoise en Amérique du Nord pour comprendre en quoi, peut-être, je ne suis pas tant américain que cela. Pourtant, la majorité de ma distribution est américaine. Je crois que ce côté européen est souvent garant de qualité ou d’originalité en musique électronique; ce que le public nord-américain recherche.

Ton catalogue de VPC reflète-t-il aussi cet esprit de "réseau" ?

Au début, plusieurs personnes me demandaient si je pouvais leur vendre d’autres disques d'Ambre (le troisième projet sorti sur Hushush). C'est comme ça que, petit à petit, j’ai ajouté à mon catalogue d'autres titres. Il faut savoir aussi que dans le milieu des micro-labels, beaucoup de gens pratiquent le troc. L'échange. C’est un des moyens pour avoir ses disques distribués. J’essaye de ne prendre que des références qui me plaisent. Je ne cours pas après les nouveautés bien que la majorité de mon catalogue de VPC soit assez récent. À cela s'ajoute Den Zieverere, un fanzine que je fais moi même. Il est disponible gratuitement avec toute commande. J’en suis au deuxième numéro. Il me sert avant tout à donner de l’information sur les productions du label mais aussi sur des artistes extérieurs au travers de petites interviews.

Cela dit, à quoi ressemble l'electronic-music au Canada ?

Contrairement à ce qu'affirmait un article dans "Le Monde" en Janvier dernier, Montréal n'est pas la plaque tournante de la musique électronique en Amérique du Nord. Si tel était le cas, cette scène serait bien tristounette. C’est principalement dans le milieu de la house que Montréal est active. Comme je le disais, la scène électro-acoustique est aussi très importante; de même que pour le reste du Canada. Je ne nie pas qu’il existe aussi une petite mouvance pour les fans de click-n-cuts et autres laptoperies mais permets moi de douter de la longévité de la plupart de ces groupes... Et puis les initiatives se font rares hors des trois grands centres urbains : Montréal, Vancouver et Toronto où Greg Clow va bientôt monter son label PieHead, avec des sorties de C-drik, Uncotones, d'artistes de V/VM, etc. Pourtant, j’ai découvert avec surprise et plaisir que Winnipeg avait donné naissance à Venetian Snares. Mais hors Québec, le Canada est fort semblable aux États-Unis : il ne se fait rien de différent à Toronto de ce que tu pourrais trouver à Chicago. Vancouver et Seattle, c’est le même combat ! Bien que Godspeed You Black Emperor! ne soit pas de la musique électronique à proprement parler, la renommée de cette formation a certainement aidé certains groupes, labels et structures de Montréal à entrevoir un futur en dehors de la sainte trinité rock-punk-folk dans laquelle la ville est encore fortement ancrée. Mais Montréal fonctionne par mimétisme. Les groupes montants imitent la musique de Vienne et de Berlin. Les festivals sont des pâles copies des choses qui se font en Europe, comme Sonàr.

Est-ce que tu as des contacts ou des échos de ce qui se passe en France ?

Très peu. Pourtant la barrière de la langue est inexistante mais je reçois très souvent du courrier et des e-mails rédigés en anglais : les Français sont surpris de savoir que je parle et écris dans la langue de Molière ! Quant à être distribué en France : c'est un véritable chemin de croix. Pour autant, des gens comme Fear Drop, La Faculté ou FBWL me soutiennent depuis longtemps. Mais Hushush souffre peut-être de la ligne directrice que je lui donne : je ne sors pas de la musique dansante qui permet d’attirer les foules... C’est de la musique intimiste. Alors les rapports que j’ai avec la France, de ce point de vue, sont semblables à cela : ils sont très intimes...

Laurent Diouf - article publié dans Coda magazine en Mars 2002


Playlist:
AMM "Music" R&R
Aube "Pages from the Book" E&J
KK Null "Terminal Beach" Manifold
Halfer Trio "In Out Of" Touch
Lilith "Stone" Sub Rosa
Locust "Truth is Born of Arguments" R&S
Main "Hz" Beggars Banquet
Daniel Menche "Screaming Caress" Side Effects
Merzbow / Heemann "The edge of the Abyss" Streamline
Organum "Submission" Complacency
Scorn "Evanescence" Earache
Silk Saw "Fourth Dividers" Ant-Zen
Throbbing Gristle "20 Jazz Funk Greats" Grey Area / Mute
Vaino Vâisânen Vega "Endless" Blast First / Mute
Xingu Hill "Alterity" Hymen