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SZKIEVE: INTERVIEWS ITV WITH FEAR DROP - 2003 1 - Ton parcours personnel t'a emmené de Belgique au Canada et maintenant aux Etats-Unis. Peux-tu nous expliquer ce qui motive ces changements géographiques ? Mes déménagements sont avant tout motivés par mon parcours universitaire. Avant de préparer mes paquets pour mon départ vers Montréal, j’avais déjà, trois ans auparavant, quitté le Brabant flamand pour aller étudier à Namur, capitale de la Wallonie. J’y ai fait mes candidatures [DEUG en France] en sciences politiques, sociales et de la communication. Suivit alors un hiatus d’une année en informatique de gestion et de systèmes. Mon départ pour Montréal est lié à ma volonté de continuer des études en sciences sociales dans un nouvel environnement. J’y ai fait trois ans durant mon baccalauréat en sociologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) [licence et maîtrise en France si l’on fait abstraction du mémoire]. Étant toujours persuadé de vouloir continuer mes études en sciences sociales, j’ai déménagé en Belgique (1999-2000) pour faire mon DEA à l’Université Libre de Bruxelles (ULB). En 2001, de retour à Montréal, je commence mon doctorat en sociologie. Pour le moment, je suis à New York aux États-Unis. Je serai de retour à Montréal dès cet été. J’ai reçu une invitation de la prestigieuse New School for Social Research. Après cet hiver, il me restera alors à travailler sur le gros de ma thèse. En plus de mes études, je travaille en recherche à l’université. Je me spécialise en sociologie politique et de la culture, rien à voir avec la musique. Tu vois, appréhender sociologiquement un objet pour lequel on est engagé est très difficile. De plus, la plupart des études sur la musique tiennent plus du délire post-moderne ou des cultural studies que d’une véritable sociologie. Il existe un certain laisser-aller qui à mon avis nuit à la véritable connaissance des phénomènes sociaux liés à l’expérience musicale. La musique est pour moi avant tout un passe temps et un plaisir. 2 - Depuis quand es-tu actif dans le domaine des musiques expérimentales ? On se souvient d'un site internet, dust.net, consacré à la musique industrielle dont l'adresse a ensuite renvoyé au site de Hushush... Quand, en 1998, j’ai commencé mon label, Hushush, j’avais déjà acquis quelques galons en musique. Durant trois ans entre 1992 et 1995, j’avais programmé et animé plusieurs émissions sur une radio universitaire à Namur en Belgique. Nous avions lancé une émission « I Hate Music » qui comme son titre l’indique, s’intéressait aux musiques non-conventionnelles. À cette époque, je redécouvrais la musique électronique que j’avais quelque peu délaissée après avoir perdu l’intérêt pour la New Wave et la New Beat vers 1989-1990. En 1995, j’ai commencé à travailler sur des sites internet qui fourniraient de l’information en français sur les musiques électroniques expérimentales. Le choix de la langue française était absolument volontaire, il existait alors une quantité non négligeable de sites en anglais. Ce site que j’ai opéré pendant pratiquement trois ans m’a permis d’obtenir une certaine visibilité. Bien qu’il fût mentionné à la radio, à la télévision, dans les magazines sur papier et en ligne, que ce soit en Europe, en Amérique du Nord ou au Japon, la majorité des visites sur ce site venaient manifestement de non-francophones. Je ne remplissais donc pas la mission que je m’étais assignée. Cela m’a malgré tout permis de rencontrer de nombreux acteurs de la scène musicale. j'offris mes compétences techniques et artistiques, c’est devenu le site dont tu parles. J’hébergerai dès lors des sites musicaux, j’en construirait d’autres; choses que je continue à faire de manière intermittente. Le développement des outils de création de contenu internet ainsi que la connaissance croissante des nouvelles technologies auprès de la scène musicale font en sorte que mon aide est de moins en moins utile. J’avais envie de passer de l’autre côté de la barrière et moi aussi, à mon tour, commencer la production de ce qui est l’intérêt de la scène musicale, c’est à dire la musique… 3 - Tu as fait débuter ton label Hushush avec un CD d'artistes rendant hommage au Hafler Trio. Que représente la musique de groupe pour toi ? Je ne suis pas un fan, je ne possède qu’une petite partie de leur discographie, mais je considère que la musique du Hafler Trio est une contribution importante à la musicale expérimentale. Cette contribution est musicale, mais c’est aussi une question d’image. Le Hafler Trio à une certaine dimension métaphysique. Bien que je la trouve parfois quelque peu surfaite, elle est particulière. Aussi, cette première sortie est un hommage rendu tant à la carrière musicale qu’à cette autre dimension. Andrew McKenzie (le dernier membre officiel du Halfer Trio) m’a récemment proposé un projet que j’ai du refuser parce que je ne pouvais pas le sortir dans les conditions qu’il trouvait essentielles. 4 - On sent, dans tes choix pour le label, une volonté de ne négliger ni les constructions abstraites, ni les constructions rythmiques. Tes collaborations répétées avec Mick Harris, qui est tout autant Lull que Scorn, te semblent-elles symboliser ce mélange difficile à classer ? Les disques qui sortent sur Hushush sont pour la plupart des commandes que je passe aux artistes. Mais étant moi même musicien, je pense que la commande que je passe devrait se limiter à certains grands traits et à une direction générale. Une fois la chose exprimée, les artistes peuvent laisser libre cours à leur imagination. C’est à eux qu’appartient la décision du résultat. C’est peut-être ce qui fait que bien qu’il me semble émerger un son «Hushush», il existe une diversité dans le son. Le travail effectué avec Mick Harris n’échappe pas à cette logique. Mick est très talentueux et je lui suis très reconnaissant de m’avoir accordé son amitié et d’avoir donné au label certaines très bonnes pièces. Hed Nod, mon second label est une collaboration avec Mick. Cette collaboration est mise un peu de côté pour le moment, le temps pour Mick de réévaluer une fois de plus sa carrière. 5 - Ton récent séjour en Belgique a été à l'origine de nombreuses collaborations avec des artistes bruxellois du noyau Xingu Hill / Ambre / Silk Saw. Peux-tu nous parler de ce que représentent pour toi ces personnes, artistiquement et humainement ? La publication des projets des cinq personnes que tu mentionnes est effectivement liée à mon séjour en Belgique. Mais, les contacts existaient auparavant et il était déjà question de la série des «Threesome». Ces cinq personnes sont des amis proches avec qui j’ai passé beaucoup de temps. Bien que si je ne soit pas retourné en Belgique récemment, j’ai eu l’occasion d’organiser des concerts en Amérique du nord pour eux, spécialement, mais pas uniquement, à Montréal. Artistiquement, nous partageons beaucoup de références. Nous avons grandi dans des environnements culturels et artistiques similaires. Il faut cependant indiquer que je ne partage pas toujours l’entièreté de leur propos musical. Mais je suis à 100% derrière eux quant aux productions publiées sur Hushush. «Alterity» de Xingu Hill, «Sfumato» d’Ambre et Mark Spybey et «4th Dividers» de Silk Saw sont des disques qui occupent une place importante dans ma collection personnelle. 6 - Tu as publié les deux Cd de Moonsanto, pamphlets musicaux par les membres de Silk Saw dénonçant le cynisme et le danger représenté par une firme d'agroalimentaire / produits pharmaceutiques. Est-il important pour toi d'affirmer un positionnement politique à un label ? L'acte de création musical lui-même te paraît-il déjà porteur d'un sens politique fort ? Le projet Moonsanto est une auberge espagnole à deux points de vue. Le premier, tous les collaborateurs y ont apporté ce qu’ils avaient, toute une palette de techniques, de backgrounds et de propos différents. C’est ce qui fait de Moonsanto un groupe éclectique. Sur un second plan, comme dans une auberge espagnole, l’auditeur y apporte ce qu’il désire, peu importe l’intention de départ des artistes. Pour ma part, Moonsanto est un projet plus dadaïste que citoyen. J’y vois une esthétique de récupération du discours et de l’imagerie des firmes agroalimentaires et bio-pharmaceutiques. Je ne recherche pas au travers de mon travail musical, de producteur ou de musicien, un engagement politique. Un profond et sincère engagement politique est absent de la scène musicale électronique expérimentale. De manière générale, si elle adresse un discours sur la manière dont l’on règle les relations entre les individus, elle nie le rôle des institutions politiques traditionnelles. Bien sûr, cela peut être vu comme une question d’attitude mais je suis persuadé qu’il existe quand même quelques personnes sincèrement engagées. 7 - Que prévois-tu pour le futur proche de Hushush ? Il y a la sortie actuellement de mon second CD de longue durée pour le projet Szkieve «Des rythmes de passage» et la collaboration tant attendue entre Mark Spybey et Orphx, «SOS (Sealey / Oddie / Spybey)». J’ai encore trois ou quatre disques prévus dans un futur proche. Il y a un vinyle 7", une collaboration entre Vromb et moi même, Szkieve. C’est la première collaboration de Vromb. Nous avons en tête de produire éventuellement un disque de longue durée. Hugo (Vromb) est un ami proche et je suis chanceux de pouvoir travailler avec lui. Cela me force à développer certains aspects de ma musique, c’est très instructif. Quant aux autres disques, il y a deux CDs planifiés. Deux artistes européens influents. Je ne peux pas en dire beaucoup plus pour le moment. D’autant plus que je ne sais pas encore exactement quand cela va sortir. Mis à part cela, le label est tributaire de mes autres activités. Et il faudrait plutôt se demander ce que je prévois dans mon futur proche. Question pour laquelle j’ai bien du mal à te donner une réponse. |